Pole prostitution

Les Nouveautés : les trois derniers articles

Documentaire « Ces dames »

Documentaire réalisé à l’espace femmes de la boutique 18. Il existe 135 Caarud aujourd’hui en France. Tous proposent un accueil mixte, à 80% masculin et à 20% féminin. Exception faite de la Boutique 18, Caarud de l’association Charonne située Porte de la Chapelle à Paris, dont l’aménagement spécifique permet la présence d’un espace mixte ainsi que celui d’un espace entièrement […]

Arte radio à l’antenne mobile

La nuit, le bus de l’association Charonne maraude à la rencontre des usagers de drogues du nord-est parisien. Max est éducateur spécialisé. Il nous explique l’importance de l’écoute quand on travaille en réduction des risques. Les usagers du crack viennent chercher ici le matériel (doseur) permettant d’éviter les contaminations, et en profitent pour échanger et se raconter un peu. « Dans […]

Histoire et présentation du service

Depuis la création de l’Espace Femmes du CAARUD 18, lieu d’accueil réservé aux femmes usagères de drogues (UD), l’association Charonne a accueilli de nombreuses femmes précaires, dont de nombreuses femmes prostituées non usagères de drogues (NUD).

En effet, il apparait de nombreux parallèles entre les usagers de drogues et les personnes prostituées :

  •  La marginalisation et la stigmatisation du public, mis au ban de la société au regard d’une activité jugée très négativement et fortement décriée, et qui installe durablement les personnes dans cette identité marginale.
  • Le contexte répressif, qui fait que les personnes concernées ont tendance à se cacher, à se méfier des institutions, et échappent de ce fait souvent aux interventions de prévention et de constitution de lien.

Le travail accompli au sein de l’Espace Femmes a permis d’analyser la nécessité d’un travail plus transversal au sein de l’association. C’est ce qui nous a permis de modéliser le pôle prostitution, espace de travail et d’élaboration trans-discplinaire, dont la philosophie s’appuie sur l’expertise l’association Charonne concernant les publics précaires et sur son approche de la Réduction des Risques (RDR), approche largement reconnue en matière d’usage de drogue et d’addiction, adaptée au champ de la prostitution.

Le « positionnement RDR » des professionnels venant du champ des addictions facilite grandement le contact avec des personnes se prostituant. La culture de « l’aller vers », en particulier avec les personnes les plus marginalisées,permet aux travailleurs psycho-sociaux de Charonne de développer les contacts et relations avec ces publics, sans prérequis de demande de changement de leur part.

C’est l’approche RDR qui permet aux professionnels, par un travail de lien et une présence régulière au plus près des lieux d’exercice de la prostitution visible sur le NE parisien, d’accrocher ce public, de faire émerger une demande et de basculer peu à peu vers la promotion et l’éducation pour la santé.

Ainsi, le pôle prostitution de l’association Charonne a pour vocation de centraliser différentes actions émanant des services qui la composent ; sont actuellement concernés : l’Espace Femmes et l’Antenne Mobile du CAARUD 18,l’équipe psycho-sociale BOCIEK, LA CONULT’ CJC du CSAPA,…). Il élabore des pratiques spécifiques en direction des différentes populations rencontrées par Charonne et exerçant des activités prostitutionnelles.

Fort de l’expérience des professionnels travaillant à l’espace femmes, le pôle prostitution de Charonne a développé une réelle approche des problématiques psychosociale et de santé des femmes cumulant deux pratiques à risque : la consommation de drogues et la prostitution.

Cela nous permet aujourd’hui de dégager plusieurs thématiques santé sur lesquels nous souhaiterions mettre l’accent dans les prochaines années :

  • L’amélioration de la prise en charge des violences et agressions sexuelles :

Il apparait que la majorité des femmes fréquentant l’espace femmes ont une activité prostitutionnelle plus ou moins régulière, bien qu’il soit rare qu’elles se définissent comme telles (même si elles admettent la réalité de l’acte) Pourtant, ce public de femmes prostituées en grande précarité connait une augmentation importante desrisques par rapport au type de clients rencontrés, plus précaires et plus violents. Ainsi, nous avons constaté une régularité dans les agressions sexuelles qu’elles subissent (en moyenne 3 à 4 agressions enregistrées par mois) et les dégâts psychiques et physiques qu’elles engendrent (entre autre, l’augmentation des consommations de psychotropes). Il s’agit donc de développer des outils spécifiques pour mieux rendre compte des réalités subies par ces femmes mais aussi mieux les sensibiliser à ces prises de risques.

  • L’accompagnement des grossesses des usagères de drogues :

Les femmes fréquentant l’espace femmes se rendent souvent compte qu’elles sont enceintes sur le tard. Dès lors, il va falloir mettre en place un accompagnement actif (physique) vers les différents professionnels, car toutes ne sont pas capables de faire face seule à cette réalité (c’est d’autant plus vrai selon les circonstances de la conception de l’enfant telles qu’une relation avec un client ou suite à une agression sexuelle). De même,il est nécessaire de travailler en partenariat avec des structures connaissant ce public et capable d’une certaine souplesse, tant elles peinent à s’inscrire dans un parcours de prise en charge et à honorer leurs RDV. Ce travail intensif, long et laborieux se poursuit après la naissance de l’enfant, car il s’agit de les aider à maintenir autant que possible le lien mère/enfant.

La Consult’, la Consultation Jeune Consommateur (CJC) (devenu la consult’ sexo)du CSAPA de Charonne, de par ses partenariats avec la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) et l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE),nous a permis d’ouvrir la problématique prostitutionnelle à la question des jeunes. En effet, de nombreuses institutions travaillant auprès des jeunes sont confrontées très concrètement à ces phénomènes, et nous demandent de l’aide pour travailler avec eux sur des situations qu’ils rencontrent pour intervenir et diminuer les risques pris par ces jeunes dans l’entrée dans la prostitution.

Pour y répondre, nous avons mis en place un certain nombre d’outils individuels et collectifs :

Dispositifs individuels :

  • Une consultation spécifique sur les situations de jeunes se livrant à des comportements prostitutionnels plus ou moins avérés (réguliers ou occasionnels).
  • Un dispositif d’intervision pour permettre aux professionnels de prendre du recul sur la situation et mobiliser les bons partenaires pour faire avancer la situation

Dispositifs Collectifs :

  • Des actions de prévention collectives en direction de jeunes adolescentes (résidentes en foyer ASE/PJJ) sur le « michetonnage », afin de renforcer leurs compétences psychosociales (estime de Soi, affirmation, esprit critique, …)
  • Des Formations-actions auprès des professionnels travaillant avec ces jeunes dans l’objectif d’une co-construction de réponses préventives et d’interventions pertinentes.

L’activité de l’association Charonne concernant les personnes démunies et marginalisées nous amène à travailler en transversalité avec de nombreux acteurs du champ médico-social.

Ainsi, depuis que le pôle prostitution a été structuré, nous avons pu repérer avec les professionnels du secteur de l’hébergement pour les femmes en grande précarité des situations de prostitutions occasionnelles chez Aller vers les femmes ayant des conduites prostitutionnelles « occasionnelles » ou « de survie », c’est ouvrir ces questions avec les institutions accueillant des femmes en situation de grande précarité, réfléchir ensemble à ces conduites, aux risques multiples qui leur sont associés aux messages de prévention à développer.

Cette prostitution cachée interroge les professionnels qui peuvent se sentir démunis, sans positionnement institutionnel clair et sans réponse pertinente aux réalités que rencontrent ces femmes lorsqu’elles se livrent à ce genre d’activité, à fortiori lorsque ces femmes ont un ou plusieurs enfants à charge.

Dans un contexte de féminisation de la précarité, et d’une population de mères élevant seule leur(s) enfant(s), il semble fondamental d’outiller les professionnels sur les enjeux autour de la prostitution occasionnelle, en particulier sur la question de la Réduction des Risques sexuels mais aussi sur les souffrances psychiques liées à cette expérience, le plus souvent traumatisante.