Histoire

L’association Charonne est une des premières structures pour toxicomanes créées en France, née de la rencontre entre Perlette Petit, éducatrice spécialisée s’occupant de femmes en difficulté, Jean Claude Ricourt, enquêteur social chez les Petits frères des pauvres, Catherine Delbos et Françoise Doiret, assistantes de service social auprès du docteur Olievenstein au centre médical Marmottan.

La création de Charonne se situe dans le contexte particulier du début des années 1970. L’ensemble des champs professionnels du secteur social est alors entré dans une profonde mutation, et les jeunes générations de professionnels sont à la recherche de nouvelles formes de travail en phase avec les évolutions rapides de leurs champs d’intervention. Dans le même temps, les problèmes de toxicomanie se développent, non plus comme des pratiques individuelles isolées, mais comme structuration d’une certaine marginalité et phénomène collectif, interpellant la société entière, mobilisant de façon spectaculaire et durable le pouvoir politique et engendrant la loi du 31 décembre 1970 toujours en vigueur.L’émergence de cette nouvelle population marginale offrait un champ nouveau de travail, la loi du 31 décembre 1970 offrait un cadre novateur. Ceux qui allaient fonder cette association se rencontrèrent sur ce terrain et décidèrent de se donner un support juridique et financier pour mener en commun les expériences et innovations qu’ils souhaitaient réaliser. L’association fut formalisée en 1972, et se donna le nom de sa première adresse au Boulevard du même nom.

De multiples expérimentations

Dans ses débuts et après plusieurs années d’accueil au domicile de Perlette et François Petit, l’association multiplia les expérimentations de formes diverses d’intervention et d’hébergement pour les usagers de drogue avant de pérenniser en 1974 et 1975 deux structures : la post-cure rurale de la Gentillade dans le Lot et le Foyer d’urgence urbain de la rue des Haies à Paris.

La création de l’association Charonne est avant tout une initiative individuelle de professionnels confrontés à des personnes totalement marginalisées par la société. La population toxicomane exclue a trouvé une écoute, une communication « naturelle », de proximité. Il y a alors véritablement eu rencontre et échange avec cette population.
En leur reconnaissant une parole et une identité, les fondateurs les ont fait exister dans leurs particularités.

Il s’agit d’une expérience qui est partie de la subjectivité de ses acteurs et qui a permis la créativité dans ce rapport au toxicomane comme sujet à part entière.

Ces professionnels se sont mis simultanément en mouvement pour trouver des collaborations avec d’autres acteurs de terrain. Ils ont formalisé leur expérience par une recherche de solidarités et de moyens complémentaires. Ils ont ainsi rapidement créé des liens de proximité avec l’environnement et le voisinage.

La mise en place de ces expériences a donc eu lieu dans une recherche de subsidiarité et de partage.

Le Dr Olievenstein, en particulier, a été associé à cette démarche et l’a accompagnée.

Il y a eu alors :

  • Respect mutuel et reconnaissance réciproque d’une expérience et d’un spécialiste travaillant hors des stéréotypes de l’époque
  • Rencontre de valeurs, de personnes en recherche
  • Créativité et rupture avec des façons de penser d’une époque.

Ces actes fondateurs – démarche pragmatique liée aux besoins repérés, réponses en adéquation avec ces besoins, intersubjectivité, reconnaissance de l’autre comme sujet à part entière et dans sa globalité – ont eu pour conséquence la réalisation des projets pour les personnes concernées et avec leur concours actif.

Il s’agit d’une initiative de citoyen et non pas d’une commande des pouvoirs publics. L’hébergement au domicile et le démarrage réussi du Foyer de la rue des Haies ont fait leurs preuves. La Direction générale de la santé  a été sollicitée et a accordé un financement expérimental.

Dans cette démarche qui se définit comme une « action-recherche », le projet associatif devient un mouvement permanent de capitalisation d’expériences sans nécessité préalable de garantie. La priorité est à la clinique de terrain sans présupposé théorique.

Chiffres et dates clés

ÉTABLISSEMENT ET SECTIONS SPÉCIFIQUES DATE ARRÊTÉ / CONVENTION
Association Charonne 14 juin 1972
Foyer de la rue des Haies 1975
Obtention de l’agrément ministériel 1976 14 décembre 1976
Centre d’accueil et de soins (rue Filles du Calvaire) 1980 9 septembre 1981
Hébergement éclaté en hôtel (court séjour) 1985 5 avril 1985
Appartements thérapeutiques 1988
Transfert du Foyer (de la rue des Haies à La Pyramide,
rue Jean Jacques Rousseau)
1990
Transfert du Centre d’accueil et de soins (de la rue Filles
du Calvaire au Quai d’Austerlitz)
1991
Création des ACT 1994 31 décembre 1994
Appartement relais (petit collectif 3 places) 1994-2006
Redéploiement des activités du foyer La Pyramide :– en appartements thérapeutiques
– en chambres d’hôtel (moyen et long séjour)
2001 28 novembre 2001
Extension des ACT 18 août 2001
Reconnaissance du CSST Charonne en tant
qu’établissement médico-social
2003 8 octobre 2003
Extension des ACT 10 juillet 2003
Création de « la Consult’ » pour les jeunes consommateurs
de substances psychoactives et pour leur entourage
2004
Extension des ACT 20 décembre 2004
Agrément comme établissements médico-sociaux des
centres de proximité – Boutique 18 et Centre Beaurepaire –
en CAARUD (centre d’accueil et d’accompagnement à la
réduction des risques aux usagers de drogues)
2006 21 juin 2006
Agrément comme établissement social du
Centre de Stabilisation de 25 places
2007 1er août 2007
Création de l’équipe mobile psycho-sociale BOCIEK
(projet expérimental relatif aux personnes de nationalité
polonaise en errance sur le territoire parisien du 26/07/2007)
26 juillet 2007
Extension des ACT (de 8 à 10 places) 2008 18 juin 2008

Président

François Petit

Vice-présidente

Monique Desroche

Trésorière

Maryse Dricot

Trésorière adjointe

Perlette Petit

Secrétaire générale

Maud Morel

Secrétaire générale adjointe

Marijo Taboada

Administrateurs

Alain Dupont
Malika Tagounit
Jean Jacques Deluchey
Martine Lacoste
Mustapha Bensliman
Pierre Selleret

Présidents d’honneur

Rodolphe Ingold
Louis Joinet

L’action auprès des toxicomanes relève d’abord d’une appréciation commune de la liberté comme valeur de base de l’existence, et d’une nécessaire solidarité de tous pour la préserver, la défendre et la restaurer.

L’usager de drogues à partir d’une conduite personnelle dont les raisons lui appartiennent, perd sa liberté dans une dépendance croissante à ses produits. Il doit donc bénéficier s’il le souhaite d’une aide et d’une prise en charge à même de l’aider à se libérer.

Une appréciation commune de la liberté

Il n’y a pas d’appréciation morale par rapport à la drogue et son usage. Il n’y en pas non plus concernant les rapports que le toxicomane entend entretenir avec la société. L’intervenant, individuel ou institutionnel, ne porte aucun jugement à ce niveau. Il constate et respecte la différence entre celui qui consomme et celui qui ne consomme pas, et il aide le premier à ne
pas s’asservir, ou à se sortir de son asservissement.

Notion de réduction des risques

C’est sur cette base que se greffera vingt ans plus tard la notion de réduction des risques et des dommages pour les usagers actifs. Mais dès le départ, cette conception entraîne quelques conséquences :

L’abstinence n’est pas une fin en soi, et la consommation maîtrisée doit être considérée avec le même intérêt.

L’insertion sociale n’est pas non plus une fin en soi, mais un moyen parmi d’autres, certes souvent le plus opérant, d’assurer son autonomie et sa liberté.

La prise en charge est nécessairement empirique et ne repose pas sur des doctrines ou des conceptions préétablies. C’est la situation du toxicomane qui la fonde. C’est sa présence qui exprime une demande, laquelle doit être prise en compte sans attendre d’éventuelles formalisations plus élaborées.

Cet empirisme impose à l’institution et à ses personnels une très grande capacité d’évolution. Le docteur Olievenstein, président de Charonne de 1975 à 1985, insistait sur l’importance du moment socioculturel dans la réalité de la toxicomanie et du toxicomane. L’intervenant doit avoir une capacité constante d’adaptation au changement année après année de cette réalité. C’est à lui à s’adapter à ces changements et de les anticiper et non pas au toxicomane de s’adapter à des conceptions préétablies le concernant.

Soutenue et financée à ses débuts par les Petits frères des pauvres, l’association Charonne ouvrit l’été 1974 sa première structure pérenne, le centre de la Gentillade dans le Lot, puis en 1975 le foyer d’accueil d’urgence de la rue des Haies à Paris (devenu la Pyramide en 1990, et transformé en 2000 en hébergement éclaté).

En 1980 s’ouvrit le centre de jour de la rue des Filles du Calvaire, transféré depuis quai d’Austerlitz.

En 1984, l’association décida de recentrer ses activités sur les problématiques parisiennes, et céda la Gentillade à une association spécifique.

Dans la deuxième moitié des années 1980, devant le développement quantitatif de la demande d’hébergement et le rejet croissant par les usagers des hébergements collectifs, l’association a développé l’hébergement éclaté, en hôtel dès 1985, puis en studios thérapeutiques à partir de 1988.

Les années 1980 sont dominées par les problèmes liés à l’épidémie de sida, et l’association s’investit fortement dans ce domaine. A la demande de la DGS et en s’appuyant sur les travaux de recherche de l’époque (IREP), elle ouvre en 1993 la Boutique, première du genre et simultanément à une expérience identique à Marseille. Ce concept et cette appellation s’imposeront à toutes les structures similaires créées en France à cette époque. Il se produit là une rupture d’avec les modèles de prises en charge du moment. Toutefois, d’un point de vue éthique et méthodologique, le fonctionnement s’appuiera fortement sur les repères de départ de l’association, aussi valables pour les porteurs du VIH des années 1990 que pour les toxicomanes des années 1970.

La position éthique, les valeurs et les principes de base de l’association lui permettent, dans les débats de cette époque, de se tenir à distance des discours idéologiques en présence, tout en garantissant l’élaboration de nouveaux modes d’accompagnements.

Cette création, suivie de l’espace femme, de l’antenne mobile, des appartements de coordination thérapeutiques et de la boutique 10ème (Centre Beaurepaire), a montré le savoir faire et le professionnalisme de l’association vis-à-vis d’autres populations que les seules personnes toxicomanes, et la pertinence de ses principes de travail avec toutes les populations fortement précarisées, porteurs du VIH, prostituées, demandeurs d’asile… En 1998, la DASS de Paris et le Samu social inclurent l’association dans le dispositif parisien d’urgence sociale.

Tout au long de ces années, c’est bien d’une action-recherche dont il est question, avec dimension participative qui favorise le lien entre les pratiques et le fonctionnement et permet en même temps l’élaboration des significations de l’ensemble de ce qui se fait dans l’établissement.

Une expérience qui s’enrichit et une logique de processus

Il n’y a pas d’idéologie sur la place du « toxicomane », et la forme du travail de Charonne est définie par ses actes fondateurs. Les pratiques ultérieures n’évoluent qu’en rapport avec les nouvelles problématiques rencontrées et en lien avec les partenaires.
Les missions sont l’expression d’une expérience qui s’enrichit, de l’échange avec les professionnels, l’écoute des toxicomanes et les moyens mis à disposition. Les missions ne sont pas statiques et évoluent au plus près des besoins.

Le sens reste vivace : il s’agit avant tout d’une logique de processus et non d’une simple succession de procédures, qui s’adapte par un apport de compétences, de professionnalisme, de solidarités et de réflexions sur les pratiques.

Le conseil d’administration est alors une instance régulatrice nécessaire qui interroge ce qui se fait en rapport avec les actes fondateurs et les valeurs qu’ils expriment, lieu d’échange et d’analyse, sur le sens des actions menées. Il a été marqué par l’engagement constant de nombreux professionnels reconnus dans le champ sanitaire et social et la qualité de ses présidents successifs.

Depuis la loi du 2 janvier 2002, toutes les structures de l’association ont vocation à être reconnues dans le cadre des établissements sociaux et médico-sociaux. Cette démarche est familière à l’association qui dès son origine a placé l’usager au centre de ses préoccupations, sur un pied d’égalité et de respect mutuel.

L’association a une fonction d’observatoire, de remontée des besoins au niveau des pouvoirs publics auxquels elle fait régulièrement des propositions d’actions.

Elle cherche à allier réactivité, accessibilité, proximité, pluralité et complémentarité par :

  • des dispositifs évolutifs qui se situent au plus près des besoins des usagers
  • des réponses diversifiées apportées au sein de ses différentes structures
  • une collaboration avec des partenaires multiples : hôpitaux, riverains, associations…
  • un travail en réseau pour mutualiser les expériences
  • une diffusion d’informations sur ses pratiques dans différentes manifestations.

Elle met aussi en oeuvre ses principes par un mode de management spécifique où elle n’applique pas de normalisation des profils de ses équipes pour les membres desquelles les origines les plus diverses sont privilégiées (du moins aux plus diplômés) avec des parcours particuliers. Il n’y a pas de recherche d’équipes formatées, et la validation des acquis de l’expérience, désormais reconnue par les pouvoirs publics, est une dimension importante de la gestion des ressources humaines de l’association. Les valeurs sont intériorisées et non pas érigées en modèle avec possibilité pour les salariés de se saisir de ce qui se passe par une participation à différentes instances de l’association.